L’histoire de la Rapière

La Rapière tire à Grenoble depuis 1902. Elle a changé quatre fois de salle, traversé deux guerres, formé une championne du monde et une section handisport médaillée aux Jeux, et co-organisé les championnats du monde d’escrime en 1974.

Les origines

La mémoire du club situe sa création en 1902. La première trace écrite, elle, date du 24 mars 1909 : le journal Les armes rend compte de l’assemblée générale de la société d’escrime « La Rapière » et du départ de M. Vernes, son président depuis 1906. On y tire rue Docteur Mazet, indépendamment de l’escrime militaire — une indépendance qui ne durera pas.

La Grande Guerre interrompt tout, de 1914 à 1918.

Quand l’escrime grenobloise se réorganise, c’est autour de la garnison. Le « Cercle d’Escrime de Grenoble », fondé en 1937, prend la gérance de ses salles d’armes et de culture physique, où cohabitent quatre sections : escrime, culture physique, tir, éducation générale. Civils et militaires y tirent ensemble, place de Verdun, au rez-de-chaussée du Cercle Militaire.

Le rapprochement se poursuit. Le cercle rejoint la ligue Dauphiné-Savoie dès sa création, en janvier 1942, et s’affilie la même année à la Fédération française d’escrime. L’année suivante, en 1943, le cercle d’escrime Henry IV se rallie à lui — au moment précis où l’autorité militaire reprend la salle de la place de Verdun pour y installer des bureaux. L’escrime grenobloise est réunie, et elle est de nouveau sans salle.

La naissance du cercle d’escrime de la Rapière

C’est ce qui précipite la fusion. Le 12 octobre 1945, la société d’escrime La Rapière — installée à l’Institut polytechnique et au gymnase de la rue Berthe de Boissieux — et le Cercle d’escrime de Grenoble n’en font plus qu’un, sous le nom de « Cercle d’escrime La Rapière ». L’affiliation à la fédération suit, le 10 mars 1947. Et grâce au mécénat de plusieurs de ses membres, le club achète enfin des murs à lui, rue Colbert.

Avec une salle, les résultats viennent. Dans les années cinquante, Mory, Gleizes, Nevache, Repellin, Dellocque et Reynier comptent parmi les meilleurs fleurettistes et épéistes de la région. À partir de 1962, deux maîtres d’armes prennent la salle en main — Donnadieu, futur directeur technique national de l’escrime française, et Aimé Mazenod, conseiller technique régional — et le club change de dimension.

La Rapière de Grenoble enlève le Grand Prix des moins de 21 ans
Le Grand Prix des moins de 21 ans, 1964

L’installation à Hoche

En 1968, la ville regroupe au gymnase Hoche les sports de salle qui la représentent aux Jeux de Mexico : la lutte, la boxe et l’escrime. La Rapière s’y installe. Elle n’en est jamais repartie — c’est encore sa salle d’armes aujourd’hui.

Elle y arrive avec un sabreur international. Jean Ramez (1932-2020), médaillé d’or en individuel et par équipe aux Jeux méditerranéens de 1959 et d’argent en 1963, est sélectionné olympique pour la deuxième fois au sabre, à Tokyo. Il présidera le club. (si vous voulez en savoir plus : sa page Wikipédia)

La première salle de province

Les dix années qui suivent sont les plus fastes de son histoire.

L’équipe de sabre est championne de France en 1970. Les internationaux du club, au fleuret féminin et au sabre, en font alors la première salle de province.

En 1971, Marie-Chantal Demaille est championne de France et championne du monde de fleuret, à Vienne, et médaillée d’or aux Jeux méditerranéens. Elle disputera trois Jeux olympiques — Tokyo, Mexico, Munich —, sera finaliste olympique en 1972, et, devenue maître d’armes, remportera vingt-deux titres de championne du monde vétérans jusqu’en 2024. La même année, Gérard Dellocque, qui a relancé le sabre à Grenoble, est médaillé d’argent en individuel aux Jeux méditerranéens.

Nombreux titre à la Rapière de Grenoble
Le fleuret féminin de la Rapière

Le club ne se contente pas de former des tireurs. En 1974, il est au centre de l’organisation des championnats du monde d’escrime, à Grenoble — avec en particulier Messieurs Dellocque, Mazenod, Ramez, Vaucelle et toute une équipe. La France y domine le tableau des médailles. On y présente des innovations inédites pour l’époque : la première utilisation de l’informatique, un congrès médical international, une soirée réunissant les 1 100 participants et accompagnateurs.

La formation, elle, continue chez les jeunes : M. Rambaud est sélectionné en 1980 aux championnats du monde juniors de Venise.

La section handisport

Un autre maître d’armes arrive en 1975 : Jean Deleplanque, qui vient seconder Aimé Mazenod et poursuit la tradition du sabre jusqu’à son départ, en 1992. Il fait aussi entrer le handisport dans la salle — chez lui, escrimeurs handisport et valides s’entraînent ensemble. Entre 1984 et 2012, les escrimeurs de Grenoble et de Meylan, le club qu’il fonde en 1979, rapportent un grand nombre de médailles paralympiques et de titres mondiaux. Jean Rosier en est la figure la plus marquante : six médailles paralympiques entre Atlanta en 1996 et Sydney en 2000, dont trois en or — l’épée individuelle deux fois, et l’épée par équipes.

L’escrime à l’école

Donnadieu, Mazenod, Deleplanque : les trois maîtres d’armes qui ont porté le club sont aussi professeurs d’éducation physique. C’est par eux que l’escrime s’étend en milieu scolaire, dans quelques lycées et collèges grenoblois.

La ville suit. En 1979, sous l’impulsion de Nevache et Dellocque, puis sous la présidence d’Henri Verdu, Grenoble crée un poste de moniteur d’escrime — tenu par Maître René Soupizet — et une fonction de moniteur municipal chargé de faire découvrir l’escrime aux écoliers. Ces postes sont très rares en France.

Le club n’a jamais lâché ce fil, et le tient encore, grâce à l’action des présidents qui se sont succédé : Gleizes, Ramez, Dellocque, Verdu, Foncelle et Perrin. Toute l’escrime grenobloise est bénéficiaire de ce travail de longue haleine.

La reconstruction

En 1989, la Rapière recrute Maître Pascal Ferrand. Sous sa direction, l’enseignement se resserre sur deux armes, le fleuret et l’épée.

L’effectif se reconstruit par le bas — l’animation municipale, puis à partir de 1996 l’initiation scolaire dans les écoles privées — et les titres reviennent :

  • deux fleurettistes champions de France par équipes en 1994 ;
  • un épéiste champion de France par équipes minimes en 1996 ;
  • de nombreux titres de champions de France UGSEL, au fleuret et à l’épée.

Et la formation continue de porter : en 2008, Laure-Agnès Tardivel, entraînée à la Rapière, est championne de France universitaire au fleuret.

En 1998, un partenariat avec l’Externat Notre-Dame ouvre une deuxième salle d’armes, bien équipée, capable d’accueillir les plus jeunes catégories, et fait entrer l’escrime au programme d’éducation physique et sportive de ce collège grenoblois. Le club se donne alors aussi pour projet des classes à horaires aménagés, pour mieux entraîner ses compétiteurs.

Une autre mission lui tient à cœur : ouvrir l’accès à l’escrime à des jeunes, et à des moins jeunes, de milieux sociaux différents.

Puis, en 2000, grâce à l’action de la municipalité, la réhabilitation de la salle d’armes et du gymnase Hoche dote la Rapière d’un équipement moderne, entièrement dédié à l’escrime, en plein centre-ville. C’est celle où elle tire aujourd’hui.

La Vercors Cup et le tournoi Bayard

Depuis 2017, le club n’est plus seulement un lieu d’entraînement : chaque hiver, il organise sa propre compétition, devenue l’événement phare de sa saison.

Ce sont des épreuves par équipes, du M9 au M15 au fleuret et à l’épée, et les adultes à l’épée. L’esprit du Bayard tient dans une règle : quatre divisions, quatre podiums par catégorie — tous les participants sont récompensés. Le tournoi met aussi en avant les savoir-faire du massif : le premier prix est une meule de bleu du Vercors-Sassenage, offerte par la coopérative Vercors Lait. Et la journée se termine par la traditionnelle raclette de fin de compétition.

La troisième édition se tient à la Halle Clemenceau, à Grenoble, en février 2019 ; la quatrième le 22 février 2020. L’épidémie les interrompt ensuite deux saisons. Ils reviennent les 11 et 12 mars 2023, et adoptent ensuite un format ramassé sur une seule journée : le 17 février 2024, puis le 22 février 2025, au gymnase Jules Vallès de Fontaine, avec des équipes venues de tout le quart sud-est de la France.

Deux escrimeurs masqués sur une piste, l’un fendu à l’attaque, l’autre en parade.
Un assaut de la Vercors Cup 2025
Les participants de la Vercors Cup réunis devant la banderole du tournoi, médailles au cou, l’un d’eux brandissant une meule de fromage.
Tous les participants récompensés, et au centre la meule de bleu du Vercors du premier prix

Les saisons de l’épidémie

La salle d’armes ferme le 12 mars 2020. La saison suivante est hachée : nouvelles restrictions en septembre, fermeture des gymnases en novembre, reprise réservée aux mineurs le 15 décembre, nouvelle suspension en janvier 2021. Les entraînements ne redeviennent normaux qu’à la rentrée suivante.

C’est aussi dans ces mois-là, en mai 2021, que le club apprend le décès de Marc Perrin, son président pendant seize ans.

Aujourd’hui

En 2026, Maître Pascal Ferrand, arrivé en 1989, est toujours à la tête de la salle d’armes.

Le club est resté à taille humaine. On y pratique deux armes, le fleuret et l’épée, de l’école d’escrime dès le CP jusqu’aux vétérans. Sa vie tient à des rendez-vous qui reviennent chaque année : le Forum des sports début septembre, les séances découverte de la rentrée, un tournoi par équipes déguisé à Halloween, les vœux de janvier, les rencontres adultes inter-clubs avec Parmentier et Fontaine, et le pique-nique qui clôt la saison en juin.

Par son ancienneté, par son histoire, grâce à toutes les actions menées, le cercle d’escrime de la Rapière contribue au rayonnement de l’escrime grenobloise, et par conséquent à celui de la ville de Grenoble.

Plus d’un siècle après sa première assemblée générale, la Rapière tire toujours au gymnase Hoche, en plein centre de Grenoble.

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